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15 septembre 2015

Il a plu un peu au lever du jour et le vent s’est levé. Les premières fraîcheurs automnales sont là. A l’est du département, sur les hauteurs de Plouguenast, l’air est plus vif et la pluie plus abondante que dans notre vallée. Nous aimons rendre visite à Massumi et Dominique de la Bergerie du Mené, observer les brebis basco-béarnaises dans les prairies, flâner sous les alignements de hêtres près de deux fois centenaires, observer le mûrissement des chataignes dans les haies et laisser notre regard embrasser le paysage lointain. Plus tard, rentrés à la maison, nous pourrons dîner d’un morceau de tome ou d’un brebis frais étalé sur une tranche de pain au levain et ce sera suffisant.

Nous intervenons très peu au jardin. Nous le laissons "mûrir". Les graines des annuelles et des vivaces pourront ainsi se ressemer et les oiseaux prélèveront leur part sur les onagres, cardères ou fenouils. Les fruits du cognassier du Japon sont nichés dans l’herbe et attendent d’être cueillis, les cyclamens s’étalent sur les talus nord des haies bocagères et la vigne cognetae prend de jolies couleurs pourprées. Chaque jour, nous admirons l’or éphémère du frêne excelsior au tronc jaspidé. Quelques bourrasques de vent lui ôteront ses feuilles dans les jours à venir. La plupart des arbres prennent de belles couleurs automnales mais l’érable champêtre reste l’un de mes préférés.

L’année n’a pas été bonne pour les arbres fruitiers pourtant couverts de fruits. Beaucoup ont pourris sur l’arbre avant matûrité. Il y aura finalement peu de récolte dans les cageots. Même certaines vignes se sont couvertes d’oïdium et nous n’avons pu manger tout le raisin. Nous allons nous pencher sur le problème et trouver la solution adéquate pour l’année à venir. Je l’espère..

5 août 2015

Nous avons eu très peu de pluie sur notre village et le jardin s’étiole. Les prairies mûrissent au soleil. Certaines se couchent et demandent à être coupées. Les herbacées sauvages s’installent et rien n’est plus beau que de voir le mariage de la salicaire et du seneçon jacobée. Les jeunes fruits grossissent avec peine mais le plaqueminier et le noyer nous donneront sans doute leur première récolte. Voilà dix années qu’ils ont été plantés. Les pommiers et les poiriers, trop chargés, laissent tomber une partie de leurs fruits. Ils ont soif. Je ne peux rien faire pour eux car la réserve d’eau de pluie est à sec depuis de nombreuses semaines. Dehors, le soleil de midi écrase les feuillages qui n’offrent plus aucune nuance bien qu’en toute fin d’après-midi, la promenade au fil des allées peut se montrer agréable. Août n’est pas un mois que j’aime.

Et lorsque le jardin s’étiole, le jardinier fait de même. C’est le moment de retourner à l’atelier. La lumière de la verrière nord est reposante et des envies de travailler me prennent à chaque instant. Alors c’est le grand rangement : les crayons soigneusement taillés, les pastels classés par couleur, les cartons préparés et l’évier récuré, le tout épousseté. Les premières esquisses sont présentes à l’esprit depuis déjà plusieurs jours et l’exposition de fin d’année va prendre forme au fil des semaines et des mois à venir. Il ne faudra, cependant, pas lâcher le fil qui reste fragile. Tout ce travail à l’atelier me permettra d’attendre les premières pluies d’automne.

13 juillet 2015

La nuit, les fenêtres de la maison restent ouvertes pour bénéficier de la fraîcheur. En milieu de matinée, nous les fermons et tirons les rideaux jusqu’en début de soirée. Nous restons à l’intérieur aux heures les plus chaudes. Le jardin supporte vaillamment la canicule mais les feuillages ternissent et les floraisons sont éphémères. Le bruit sec des capsules des genêts qui éclatent surprennent le promeneur. Les chaumes d’or des stipa gigantea se balancent fièrement au vent. La réserve d’eau de pluie est à sec et nous avons renforcé les paillages.

Quelques reines des prés se sont installées près de la grande mare. Si les conditions leur sont favorables elles se ressèmeront l’an prochain et nous pourrons cueillir leurs fleurs pour parfumer les crèmes. Et partout dans le jardin les cardères se sont installées. Elles s’élancent fièrement dans le bleu du ciel et feront la joie des oiseaux cet automne. Au printemps, il suffit d’éliminer le trop plein de jeunes plants pour ne pas être envahis. Le bleu intense des fleurs de chicorée attire notre regard. Chaque année elles se ressèment volontiers aussi, nous achetons nos chicorées sur le marché bio de Saint Pern. Nous ne pouvons nous résoudre à manger les nôtres.

Le soir, lorsque nous sommes assis sous la pergola du jardin romantique, l’odeur du phlox planté à quelques pas nous arrive par vagues. Un pied m’avait été donné par mon amie Jeanine. Elle-même en avait prélevé un morceau dans le jardin de sa mère à Plesder et c’est ma grand-mère, Anne-Marie, qui lui avait offert ce phlox. Dieu seul sait d’où venait celui de ma grand-mère, probablement d’un jardin voisin.

Les pigeons ne sont pas revnus cette année nicher dans le rosier de la pergola ouest. Il faut dire que leur nid était tout à fait pitoyable, fait de bric et de broc. Nous n’avons jamais compris comment les deux petits, devenant de plus en plus gros ont pu tenir dans ce nid jusqu’à leur envol. Un couple de leurs congénères s’est installé, ce printemps, sur la plateforme supérieur du chêne tétard en bordure sud du jardin. L’emplacement était idéal et la nécessité de faire un nid pérenne superflu. Ainsi, la vision sur les amélanchiers étant dégagée, ont-ils pu se gaver de fruits. Nous n’avons pu en manger un seul. Nous nous sommes consolés avec les cerises Napoléon qu’ils ne mangent pas. A chacun sa part.

19 juin 2015

L’été est là mais le temps est capricieux. Les fruits des pruniers et des pommiers grossissent tranquillement. Nous n’aurons pas de cerises et juste quelques pêches. Une infusion de feuilles de sauge a été pulvérisée sur les vignes pour prévenir le mildiou. Nous verrons... Les grappes sont nombreuses et nous devrions manger les premiers raisins de la serre dans quelques semaines.

Nous exerçons une surveillance étroite de l’oothèque car nous avons l’espoir, un peu illusoire, de voir les larves devenir de petites mantes religieuses sous nos yeux. Le lièvre, lui, prend du poids et des forces. Nous l’observons folâtrer dans la prairie à la tombée du jour. Hier, au plus fort de la chaleur, un machaon a ouvert grand ses aîles sur le feuillage d’un fenouil et plusieurs abeilles charpentières nous ont offert un ballet autour de la sauge sclarée. Elles semblaient ivres de nectar.

C’est un cadeau, chaque matin, d’ouvrir la fenêtre de notre chambre, d’humer le parfum du rosier Toby Tristam qui couvre la pergola et de regarder le jardin se faire caresser par les premiers rayons du soleil. Plus tard, au gré des promenades, les rosiers en fleurs nous émerveillent. Ils sont presque trop nombreux et prennent trop de place. Laissons les faire.. leur floraison est éphémère et nous gorge de couleurs. La plupart sont des rosiers anciens et ne fleurissent donc qu’une fois. Je les trouve plus gracieux que les variétés modernes. Ils ont l’avantage de s’intégrer plus facilement dans un jardin naturaliste.

Nous avons commencé à faucher les prairies derrière l’église. Nous laisserons juste, au sud-ouest, l’espace des abeilles jusqu’à ce qu’elles aient pris leur quartier d’hiver. Cela permettra également à Gertrude, notre couleuvre, d’être un peu tranquille. Enfant, il nous arrivait de jouer dans les prairies fauchées et de sentir cette bonne odeur de foin étalé au soleil. Les vacances étaient toutes proches et nous étions impatients de voir ses longues semaines où nous allions courir la campagne, explorer les chemins creux et les lisières du bois de la Fosse aux loups, grimper dans les arbres et nous cacher dans les greniers, dévorer nos tartines beurrées et observer les petits veaux de la ferme voisine. Nous étions insouciants car nous étions protégés du danger.

Dimanche 6 juin 2015

Les jours filent entre mes doigts. Il y a tant de travail. Il faut pailler beaucoup, désherber un peu, regarder toujours. J’adore les matins lorsque le soleil n’a pas encore atteint le petit bois de saules ; l’herbe est couverte de rosée et il nous arrive de voir les oreilles dressées du petit lièvre au travers des graminées. Les gens du village appellent ces levreaux qui gîtent auprès des maisons : les courtillous.

Les fleurs de printemps s’ouvrent une à une. Le bourdonnement incessant des abeilles emplit l’espace autour des cotonéasters rampants. Je peux rester plusieurs minutes les observer butiner. Il leur faudra un mois pour venir au bout de leur cueillette sur ces arbustes ; les roses seront alors ouvertes et de nombreuses autres sources de nectar seront présentes au jardin.

Le mois dernier, Jean-Pierre a terminé la petite serre dans la nurserie. Elle remplace la serre provisoire où poussait la vigne Perdin. J’aime m’asseoir sur le rebord du bac des boutures, rester là rêver, prendre un café, laisser mon regard effleurer le jardin, observer les fourmis à mes pieds et les jeux de chardonnerets élégants autour du rosier sarmenteux tout proche, me réchauffer aux premiers rayons du soleil. Le banc de Yann est, lui aussi, à sa place dans le Clos du paradis. Il s’adosse à la haie du nord de l’église du village et c’est un merveilleux endroit pour s’y reposer.

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